Les rues du Caire sont un vrai livre d’histoires, mais pas seulement, il raconte aussi la vie des personnes les plus célèbres. On trouve dans chaque quartier un nom de personnages qui rappelle un chapitre glorieux de l’histoire d’Egypte. Un chapitre aussi auréolé que la personne qui a donné son nom à une rue ou un lieu. En cela, tous les quartiers du Caire ne font pas exception, les noms sont surtout ceux de grands acteurs, de politiciens, d’écrivains, de héros de guerre, d’hommes de lettres. Il s’agit ainsi de personnages qui ont imprégné l’histoire du pays ainsi que les Egyptiens eux-mêmes.
Cité moderne, Médinat Nasr ne fait pas exception à la règle: ses rues portent également les noms de célébrités de calibre. Des noms illustres et des rues inoubliables marquent la cité très huppée de Médinat Nasr. Ses deux rues principales, rues commerçantes et lieu de détente sont Abbas Al-Akkad et Makram Ebeid. Qui sont ces deux hommes qui ont donné leur nom à ces deux artères de vie.
Les habitants de Médinat Nasr et les Cairotes les appellent «Makram» et «Abbas». Ils utilisent les prénoms pour parler des rues. Il s’agit d’Abbas Al-Akkad, le grand homme de lettres. Abbas Mahmoud Al-Akkad, né en 1889 à Assouan et mort en 1964 au Caire, est un écrivain, et philosophe égyptien de calibre.Autodidacte de formation, il s'est doté d'une vaste culture arabe et anglo-saxonne. En1923, il fonde le journal wafdiste Al-Balâgh et y devient pendant l'Entre-deux-guerres un polémiste défenseur des libertés de talent. Outre ses poèmes, il a notamment écrit un roman psychologique Sara (1938), et des essais, notamment de critique littéraire.
Al-Akkad n'a pas suivi jusqu'au bout le cycle normal de l'enseignement classique puisque, dès sa sortie de l'école primaire de sa ville d'Assouan, en 1904, les seules possibilités qui s'offraient à lui étaient des cours d'électricité et de sciences naturelles auxquels il a assisté à l'école des Industries et des Beaux-Arts. Puis, il a exercé le métier d'enseignant avant de se faire recruter dans des postes officiels et de se démettre tour à tour de toutes les fonctions qu'il occupait, «par répulsion de leurs lourdes obligations comparées à la modicité de leurs rapports», selon ses propres commentaires.
D’après Said Hajji, fondateur de la presse nationale arabe au Maroc (1912- 1942), Abbas Mahmoud Al-Akkad est un auteur unique. Après un entretien avec Al-Akkad, Hajji a écrit: «Al-Akkad est un nom illustre. Il est le produit des théories de la philosophie moderne, et représente la tendance sensualiste dans le domaine littéraire. Je ne sais pas comment présenter au lecteur un homme d'une telle envergure, ni comment aborder les différents contours de son talent et les multiples facettes de son génie. Les mots sont souvent incapables de rendre ce que l'on ressent au fond de soi-même. On se trouve dans l'incapacité d'exprimer ses sentiments, que ce soit oralement ou en voulant en donner une description écrite. Ses poèmes et ses causeries suscitent une profonde réflexion qui peut durer de longues heures. On oublie, sous son ombre allongée, les théories superficielles qui ne mènent à aucun but si ce n'est à celui de se bourrer la tête avec des enseignements qu'on apprend sans bien les digérer.»
Des propos qui montrent la singularité de l’homme qui a donné son nom à la rue la plus importante de Médinat Nasr, la rue qui connaît actuellement d’importants travaux d’élargissements et de rénovations. D’ailleurs, la rue Abbas Al-Akkad s’est inspirée de l’âme authentique du Caire, elle ne s’endort jamais.
La rue Makram Ebeid, est la deuxième rue importante de Médinat Nasr. Moins grande, moins large, moins commerçante, les vrombissements de moteur s’y poursuivent à longueur de journée. Et, elle offre le beau jardin de l’enfant où vous pouvez faire une petite escapade loin du brouhaha du Caire et de Médinat Nasr. Makram Ebeid est politicien copte originaire de la Haute-Egypte, tout comme Al-Akkad. Makram Ebeid, né à Qéna le 25 octobre 1889, mort au Caire le 5 juin 1961, est un homme politique égyptien copte. Il a notamment participé à la lutte politique pour l'indépendance de l’Egypte, et a été un homme politique nationaliste populaire, secrétaire général entre 1936 et 1942 du parti Wafd, et plusieurs fois ministre des Finances de l'Egypte.
Il est né en 1889 à Qéna dans une famille copte originaire d’Assiout, au sein d'une fratrie de onze enfants. Son père est entrepreneur de travaux publics, et a construit notamment la ligne de chemin de fer entre Nag Hammadi et Louxor. Après des études au Caire et au collège américain d'Assiout, il poursuit, à partir de 1905, à 16 ans, des études de droit à Oxford. Diplômé en 1908, il prolonge ses études en Europe par un parcours de 2 ans à la faculté de Droit de Lyon. De retour de ces études, il travaille au ministère de la Justice du Sultanat d’Egypte, pays alors placé sous protectorat anglais. Il décide en 1919 d'en démissionner, avec une lettre publique qui constitue une affirmation de ses convictions nationalistes. Il rejoint alors le Wafd, peu de temps après la constitution de ce parti nationaliste, à la fin de la Première Guerre Mondiale. Il est parmi cette lignée d’hommes politiques qui ont revendiqué l’indépendance de l’Egypte et qui refusé, voire même lutté pacifiquement contre l’occupation britannique. Aujourd’hui, sa fille Nadia Makram Ebeid est l’une des plus importantes ministres d’Egypte et la rue qui porte son nom garde un caractère pacifique et civilisé comme le politicien.
D’autres rues moins grandes à Médinat Nasr portent aussi le nom de héros de guerre comme la rue Ibrahim Al-Refaye. Parallèle à Mostafa Al-Nahasse, cette longue rue serpentueuse ne s’endort jamais. Qui est alors Ibrahim Al-Refaye? Né en 1931, il est mort durant la Guerre du 6 Octobre 1973. Il dirigeait le bataillon du groupe 39. Il a rendu l’âme le 19 octobre 1973 ou le 23 ramadan. Il est né le 27 juin 1931 au village Al-Khalala à Daqahliya. Il s’inscrit à l’Académie militaire en 1951 et achève ses études en 1954. Après la défaite de 1967, il a mené une série d’attaques contre l’ennemi israélien et a su faire répandre la crainte dans leurs cœurs.
La rue Ibrahim Al-Refaye est une rue résidentielle entrecoupée par beaucoup d’autres rues. Mais, elle constitue une artère de vie importante, parce que les automobilistes s’en servent souvent afin d’échapper au trafic infernal et indomptable de Mostafa Al-Nahasse.
Reste une des autres rues moins célèbres de Médinat Nasr, mais tout aussi importantes. La rue Mahmoud Al-Méligui. Cette rue longe l’université d’Al-Azhar et se trouve juste en face du fameux pont du 6 Octobre. Mahmoud Al-Méligui, dont le nom est donné à une des rues les plus calmes de Médinat Nasr, était à l’origine un grand acteur du cinéma égyptien noir et blanc. Né le 22 décembre 1910, il est mort au Caire le 6 juin 1983. Originaire du gouvernorat de Ménoufiya, il est un acteur fétiche du cinéma égyptien. Ses rôles les plus célèbres sont ceux de l’homme diabolique ou le cerveau comploteur d’une bande de criminels à sang froid. Il est mort suite à une crise cardiaque à l’âge de 73 ans, mais nul ne peut oublier son rôle hors pair dans le film «Al-Ard» ou «La Terre». Il y incarne le rôle d’un paysan qui s’oppose à l’injustice et qui résiste aux tentatives de lui retirer sa terre.
Bref, une petite promenade dans les rues du Caire en lisant les noms écrits sur les plaques en métal, toute personne intéressée peut revivre et s’instruire à nouveau sur l’histoire d’Egypte. Il y a des millions d’autres noms, plus célèbres ou moins célèbres. Des noms qui rappellent tous que l’Egypte va demeurer un pays exceptionnel, riche par ses figures hors pair.